Paris, France 1962 - Saint-Hilaire, France
Christoff DEBUSSCHERE est né à Paris en 1962. Il vit et travaille à Saint-Hilaire.
Fils de la musicienne et peintre Nicole Lacombe avec laquelle il travaille dès son plus jeune âge, il se révèle vite extrêmement doué : sa première peinture est une copie d'une crucifixion de Rubens.
Il étudie aux Beaux-Arts d'Orléans, puis Nicole Lacombe le confie en 1978 à Philippe Lejeune, fondateur de l’école d'Étampes, qui lui apprend les règles du métier et ses exigences.
Style
A première vue, son œuvre s’inscrit dans un style figuratif de facture classique. Pourtant, sa peinture est caractéristique, inventive et originale, car elle repose sur une vision abstraite de la réalité : « J'aimerais faire comprendre que la peinture, pour reprendre la formule de Maurice Denis, est avant tout un assemblage de formes et de couleurs. J'essaierai de montrer qu'on ne peint pas un œil, un nez ou une oreille mais à amener l'artiste à penser simplement en termes de figures géométriques, d'ombre et de lumière. On verra, qu'en mettant en pratique ces principes, la ressemblance, la personnalité ou l'atmosphère seront rendues comme par enchantement. J'enseignerai la manière de faire un modelé, une technique qui permet de rendre la peinture beaucoup plus vivante.» Et de fait, ses tableaux dégagent une lumière étonnante, renforcée encore par l’économie de couleurs et une riche gamme de tons soigneusement recherchés (ses origines flamandes s’exprimeraient-elles dans son goût pour l'infinité des gris et les clartés diffuses ?).
Christoff DEBUSSCHERE traite des sujets variés : natures mortes, marines, portraits, paysages. Mais il est aussi connu pour choisir des lieux insolites ou surprenants comme les ports, les hangars, les usines désaffectées, les théâtres, les vieux avions, les garages automobiles, les épaves de toutes sortes et les pièces mécaniques. En dehors des portraits, on ne voit généralement personne dans ses tableaux. Les objets y prennent alors un singulier relief, en laissant deviner la main d’un homme qui, par son absence, dégage un silence un rien nostalgique.
Toujours sur le motif, il travaille vite : pas de dessin préliminaire mais de larges bandes de couleurs. Son œil traduit en des formes amples ce qu'il perçoit. «Je peins comme je lis mon journal. En fait je fais le portrait de la lumière qui est dessus. Pour moi, il y a autant de poésie dans un garage désaffecté que dans la cathédrale de Chartes». Sobres, rapides, refusant le détail, ses créations vont à l'essentiel et nous atteigne en plein cœur par une présence exceptionnelle et la justesse de sa touche dense, précise, directe.
Ses œuvres sont régulièrement exposées en France, Belgique, aux Pays-Bas, États-Unis, Liban.
Prix
1981 : médaille d'argent aux Arts en Europe, Bruxelles. Prix du portrait, Salon de Cannes.
1983 : sélectionné au Prix du portrait Paul-Louis Weiller à l'Institut de France.
1985 : prix Taylor aux Artistes français.
1987 : prix du Jeune peinture au Salon d'automne. Prix Taylor aux Artistes français.
1988 : prix de la Fondation Princesse Grâce de Monaco au 22è Grand prix d'art contemporain, Monaco.
1989 : 3è prix du Reader's Digest Lila Acheson Wallace.
1990 : décoration de la pièce Trois partout avec Michel Leeb.
1991 : médaille d'argent au Salon des artistes français. Prix Noufflard de la Fondation de France.
1992 : médaille d'or au Salon des artistes français. Nommé Peintre officiel de l’air et de l’espace. Prix Fould Stirbey de l'Institut de France.
1994 : prix de l'académie Jacques Boititat, Barbizon. Prix du Salon de Mantes-la-Jolie, Conseil Général de l'Essonne, Assemblée Nationale.
1995 : prix Madeleine Couderc, de la Fondation Taylor. Mention au Prix du portrait Paul-Louis Weiller à l'Institut de France. Prix du Conseil Général au Salon de Nemours.
1996 : médaille de bronze au 35ème Salon de la Marine
1997 : Peintre officiel de la marine (à 35 ans, il est le plus jeune peintre à intégrer ce corps). Grand prix du Salon des Invalides à Paris. Peintre de l’Armée de terre. Grand prix du Salon de Rueil Malmaison.
1999 : prix J.M. Dupuy au Salon des artistes français.
2001 : décor du Tartufe mis en scène par Jean-Claude Brialy au Festival d'Anjou.
2003 : Grand Prix du Salon du Bourget, prix du Ministre de la défense nationale.
2005 : Prix de l'Institut.
2008 : Titulaire du corps des Peintres officiels de la Marine.
Bibliographie
* Christoff DEBUSSCHERE Souillac. Porte du midi, Éditions des Riaux, 06/2006.
* Christoff DEBUSSCHERE, vingt ans de peinture (avec Emmanuelle Tenailleau), GD Éditions, 04/2008.
Collectif (avec les Peintres officiels de la Marine)
* En escale en Pays Bigouden, Éditions Le Télégramme, 2004.
* En escale à Saint-Tropez, Éditions Le Télégramme, 2004.
* Les peintres officiels de la Marine Palais Bénédictine (catalogue d'(exposition), Éditions Snag, 09/2004.
* Les peintres de la Marine, Éditions des Riaux, 2005.
* Dieppe et sa région vues par les peintres officiels de la Marine, Éditions des Équateurs, 07/2005.
* Peindre les marines, Françoise Coffrant, Éditions Fleurus, 05/2006.
* La pêche en Bretagne, Éditions Le Télégramme, 06/2006.
* Les Peintres Officiels de la Marine en escale à Nice (catalogue d'exposition), presses Espace Graphic, 05/2007.
* La Baie de Concarneau sous le pinceau des Peintres officiels de la Marine (textes de François Bellec), Éditions Chasse-Marée - Glénat, 04/2009.
Ils en parlent…
« La peinture actuelle cherche sa voie : il y a ceux qui en annoncent la fin, ceux qui prônent le retour à l'ordre, ceux qui lui cherchent une nouvelle définition. Séducteur, le critère esthétique ne suffit plus à cette époque avide de concepts, plus ou moins fondés. Parallèlement, les propositions intellectuelles bourgeonnent et ne touchent personne, Si l'art n'est pas mort au XXème siècle, la peinture figurative apparaît comme une convalescente qui se remet péniblement. Quelques tendances émergent, graffiti, vocabulaire primitif, redites, souvent aimables, du classicisme.
Christoff DEBUSSCHERE n'appartient à aucun de ces courants. Non assujetti, il s'arc-boute au mur droit d'une conception exigeante de son rôle et sa peinture possède décidément une présence exceptionnelle. Elle s'épanouit, très personnelle, depuis quinze ans au large des modes et des courants. Thématiquement, la peinture de Christoff DEBUSSCHERE s'oriente vers des sujets qui n'ont rien de commun avec ce qu'a légué la tradition. Les hangars délaissés, les garages huileux, les mécaniques oubliées qu'elle illustre témoignent d'une fascination pour les rebuts du monde moderne que partagent certains mouvements d'avant garde. Christoff DEBUSSCHERE en pressent le pouvoir suggestif; il révèle le rôle d'intercesseurs qu'ils jouent dans notre imaginaire.
Voyant, il s'acharne ainsi à élucider le mystère de l'existence. Il décèle dans les lieux qu'ils ont fréquenté la présence d'êtres disparus. N'est-il pas vrai que chacun laisse une trace qui, comme tout ce qui est humain, redevient poussière ? L'intervention de l'homme, toute modeste qu'elle soit, modifie l'apparence du désordre de l'univers. Le peintre la capte avant qu'elle ne disparaisse. Une chaise bancale qu'on restaure prend une signification qui dépasse son statut de siège lorsqu'elle trône sur l'établi de l'ébéniste. Le portrait qu'en fait un artiste lui ôte sa banalité pour que d'objet, elle devienne le miroir d'un destin fatal. Elle illustre alors les vanités et les illusions. Qu'est donc devenue la gloire de cet avion qui s'élançait vers le ciel sous les regards admiratifs ? Par ingratitude ou injustice, le voici désormais remisé pour toujours, demain peut-être désossé. Un peu de nous-mêmes le compose.
Figé, le monde de Christoff DEBUSSCHERE est plongé dans le silence. Hanté de fantômes, il tire sa suggestivité de l'inconciliable réunion du quotidien et de la tragédie. Les cimetières d'aujourd'hui ont trouvé leur interprète et la mélodie qui s'élève n'a pas de notes : c'est pourquoi au cours des expositions certains chuchotent de crainte de troubler ces instants émouvants, parenthèses étranges, sans bruit.
Familier des sujets propres aux mouvements contemporains, Christoff DEBUSSCHERE n'en partage pas les conceptions. Le labyrinthe des images codées ne l'inspire pas. Il est peintre, entend le rester et en mériter le statut. Bien qu'isolé et quelle que soit la multitude des chefs d’œuvre du passé, il sait qu'on n'a pas encore tout dit avec des pinceaux et des couleurs. il excelle à élaborer à l'huile de grandes toiles. Un réseau de lignes, pensé, senti, conçu, structure ses œuvres La sobriété guide la composition : chaque trait évoque l'essentiel et alimente la belle charpente. Le squelette en place, la chair du tableau est le fruit d'un juste travail de coloriste. La palette, déclinée en gris, offre une riche gamme de tons soigneusement recherchés. Maître de chaque touche, le pinceau pose les couleurs pour qu'elles entretiennent de suaves et secrètes relations. Le noir n'est jamais un noir. Il résulte de la combinaison de teintes superposées qui semblent osciller. Sans étalage, la virtuosité du peintre accouche d'une sonorité vibrante, cœur battant du tableau. Hostile aux détails, Christoff DEBUSSCHERE poursuit des réflexions qui apparentent sa démarche à l'abstraction. Conjointement, sa thématique rattache son œuvre à la figuration, Aurait-il réussi à combler la tranchée stérile qui séparait les deux courants ? Il est possible, et souhaitable, que la peinture de Christoff DEBUSSCHERE évolue vers des horizons picturaux vierges. Son œuvre, déjà puissante, est encore jeune. Son souci d'épargner à son art une orientation décorative est un atout complémentaire à son excellent métier. Le respect de l'être humain qu'il traduit, ne serait-ce que par son désir de communiquer ce que l'on pourrait appeler l'émotion, l'affranchit des caractères morbides de l'art d'aujourd'hui. Ses autoportraits témoignent de l'inquiétude vitale d'un homme investi par son talent, soucieux de poursuivre son propre chemin. Qui sait ? Il pourrait ouvrir les portes d'un avenir où l'art rimerait sans tricherie avec la vie. »
Emmanuelle Tenailleau - La Galonnière